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Folk #2

Qui sont les futurs clients de Folk ?

J’ai imaginé Folk pour des gens comme moi.

Des gens qui considèrent le vélo comme le meilleur outil pour se déplacer d’un point A à un point B en milieu urbain. « Meilleur » parce qu’il permet de maximiser leur temps et leur argent.

Entretenir leur vélo eux-mêmes au quotidien est la condition pour garantir la fiabilité de leur outil, et donc conserver ses avantages économico-pratiques.
Se rendre chez un réparateur au moindre pépin est impensable !

Mais ce calcul de « maximisateur » rationnel ne suffit pas à expliquer pourquoi ces gens acceptent de renoncer à la voiture.

Le système voiture

Nous vivons en France dans un système automobile, imaginé pendant les Trente Glorieuses. La part modale du vélo est passée de 20 % dans les années 50 à moins de 6 % dans les années 70¹. L’aménagement du territoire a été pensé par et pour la voiture. Aujourd’hui, elle représente 60 % des déplacements domicile-travail de moins de 5 km, et jusqu’à 90 % hors des aires urbaines².

Outre la mobilité, la voiture est synonyme de confort, de sécurité et d’intimité. L’habitacle remplit les fonctions du domicile : refuge contre le monde extérieur, cocon intime où l’on échappe aux rôles sociaux, support identitaire.

Par son design et ses fonctionnalités, la voiture est une extension de son individualité³.

Le cocon se fissure…

Ces dernières années, le système voiture tend à se fissurer. Le prix de l’essence est volatile dans un contexte international instable. Les axes périphériques saturent. Les coûts d’achat, d’entretien et d’assurance d’un véhicule motorisé suivent l’inflation croissante. La conscience écologique s’impose dans le débat public.

En conséquence : les nouvelles générations envisagent de moins en moins, et de plus en plus tard, l’acquisition d’une voiture.

Plus libre parce que plus connecté

À vélo, sans habitacle, vous êtes exposé aux dangers extérieurs, votre intimité est inexistante, et le poste de pilotage est inconfortable…
Mais vous êtes mieux connecté à vous-même et à votre environnement : vous contrôlez votre temps, vous forgez votre corps, vous stimulez vos sens en permanence, et vous faites preuve de résilience face aux aléas du trajet⁴.

Le vélo, c’est « l’automobilité sans l’automobile »⁵… plus libre parce que plus connecté.

Ces dimensions psychologiques et philosophiques renforcent l’approche maximisatrice initiale du cycliste utilitaire.

Le cyclisme est avant tout sociologique

Aujourd’hui, les motivations sont plurielles et les pratiques du vélo hybrides : 24 % des cyclistes pédalent pour des raisons pratiques, 24 % pour le plaisir, 23 % pour l’activité physique, 17 % pour des raisons économiques, et seulement 11 % pour des raisons écologiques⁴.

Ces dimensions sont dépendantes de logiques de distinction sociale, sexuée, spatiale et générationnelle.

Trois principaux cercles d’influence façonnent notre pratique du vélo⁴.


  1. Le cercle familial. C’est là que tout commence : l’apprentissage technique, l’équipement, la normalisation de la pratique. Un enfant qui grandit dans un cadre familial qui encourage le vélo a bien plus de chances de devenir un cycliste adulte.
  2. Le cercle des pairs. À l’adolescence, le vélo peut être ringard ou cool selon le groupe. Beaucoup arrêtent à cette période, notamment les filles. Certains reprennent entre 25 et 45 ans, sous l’influence de leur entourage proche ou d’un contexte de vie favorable : installation en ville, nouveau trajet domicile-travail, collègue cycliste.
  3. Le cercle des pratiques collectives. Les groupes de cyclistes, les clubs, les social rides, le cyclisme d’affaires, les cyclotouristes, et les communautés en ligne. Ces acteurs participent à la diffusion d’une culture vélo dans la société et sur le territoire.

En France, le clivage social est net.
Chez les CSP+, le vélo est un choix – écologique, sanitaire, pratique – favorisé par la vie urbaine et l’accès à ces cercles de socialisation.
Dans les classes populaires, il est souvent vécu comme une contrainte économique, difficile à assumer en périphérie, et parfois stigmatisé – le vélo peut encore être perçu comme le « véhicule du pauvre ».

Le taux d’équipement suit le niveau de vie ; la pratique suit le niveau de diplôme.

Les femmes, par une construction sociale qui se renforce dès l’adolescence, sont moins encouragées à pratiquer. Adultes, elles pédalent moins que les hommes, et ce à tous les âges.

Je suis moi-même un produit de mon environnement socio-économique. Mes parents m’ont encouragé dès le plus jeune âge à faire du vélo l’expression de mon autonomie. Ma pratique a suivi ma migration résidentielle – de la campagne en Touraine au centre-ville toulousain en passant par Tours : plus l’espace urbain s’est densifié, plus le vélo s’est imposé comme un outil pratique et économique. À l’instar de mes amis, j’utilise principalement mon vélo personnel et des Vélib’ pour me déplacer dans la ville.

Ma vision utilitaire et économique du vélo s’est renforcée à chaque étape – universitaire, professionnelle, résidentielle. Je coche toutes les cases du profil de David Sayagh : diplômé, urbain, socialisé au vélo dès l’enfance, et dans la tranche d’âge la plus représentée chez les cyclistes utilitaires (25-45ans).

Un marché pour Folk ?

En France, la dissonance entre l’image positive du vélo et sa pratique réelle est forte : 42 % des Français estiment qu’il est plus valorisant que la voiture, 8 sur 10 y voient un moyen de se maintenir en forme⁴, alors que la part modale stagne à 3 %⁴.

Parce que posséder un vélo ne signifie pas pratiquer, que développer la pratique demande un système vélo performant, et que l’effacement des clivages actuels supposerait un basculement philosophique et politique, individuel et collectif, le marché de Folk n’existe peut-être pas…

…Encore.
Frédéric Héran projette, via un exercice de prospective, à l’horizon 2050, la substitution progressive du système automobile par un système multimodal vélo + marche + transports en commun¹. Face aux crises énergétiques à venir, à la hausse des coûts matières et à la contraction du pouvoir d’achat, les écomobilités s’imposeront comme une nécessité. Le vélo, 50 fois moins consommateur d’énergie, et 80 fois plus économe en matériaux que la voiture, sera un ingrédient majeur du cocktail transport de demain.

Seule une analyse approfondie du marché et des tendances actuelles pourra nous dire si Folk peut d’ores et déjà être acteur du monde de demain en trouvant ses premiers adeptes ^^.

Pour le savoir, rendez-vous dimanche prochain.

Matthieu

Notes

¹ Frédéric Héran, Le retour de la bicyclette. Une histoire des déplacements urbains en Europe, de 1817 à 2050, La Découverte, 2014

² INSEE, La voiture reste majoritaire pour les déplacements domicile-travail, même pour de courtes distances, INSEE Première n°1835, janvier 2021

³ Nicolas Dubois, L’automobile : un espace vécu comme un autre chez-soi, thèse de doctorat, Université Paris X – Nanterre, 2004

⁴ David Sayagh, Sociologie du vélo, La Découverte, 2025

⁵ Jean Rémy, « L’automobilité sans l’automobile », in Alain Bourdin (dir.), Mobilité et écologie, Descartes & Cie, 2007

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