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Folk #3

Analyse de marché – le cycliste pratiquant

Le cycliste idéal pour Folk existe-t-il (déjà) ?

J’ai émis des doutes dans l’article précédent. Les conditions sociologiques, philosophiques et politiques ne sont pas encore réunies en France. Il s’agit d’une intuition qu’il nous faut valider ou invalider.

Comment ?Avec une analyse de marché.

Parce qu’un client Folk, c’est d’abord un cycliste pratiquant avant d’être un consommateur, je vous propose de dresser le portrait du cycliste français en 2026.

Qui pratique ?

Environ un Français sur quatre pratique le vélo régulièrement — 14 % une ou plusieurs fois par semaine. Près de la moitié n’en fait jamais¹.

CSPTranche d’âgeH / F (%)% pop. >15 ansRevenu net médian
Retraités65 ans et +H46 / F5432,5 % (17,2M)1 512 € (moy.)*
Employés30 – 54 ansH24 / F7614,5 % (7,7M)1 800€
Prof. intermédiaires25 – 49 ansH42 / F5813,8 % (7,3M)2 400€
Cadres35 – 49 ansH53 / F4710,4 % (5,5M)3 900€
Ouvriers25 – 49 ansH81 / F1910,0 % (5,3M)1 950€
Chômeurs25 – 49 ansH51 / F495,7 % (3,0M)1 050 €**
Étudiants18 – 24 ansH44 / F565,7 % (3,0M)1 100 €**
Autres inactifsVariableH35 / F654,1 % (2,2M)~700 €**
Artisans / Chefs d’ent.40 – 59 ansH65 / F352,8 % (1,5M)2 200 €***
Agriculteurs50 – 64 ansH74 / F260,6 % (0,3M)1 550€

Notes :
Ce tableau regroupe des données agrégées via IA (Gemini pro 3 et Claude Sonnet 4.6) à partir de diverses enquêtes et rapports de l’INSEE et de la DREES (2019-2026). La population française âgée de plus de 15 ans compte environ 53 millions de personnes en 2025.
Les revenus sont exprimés en équivalent temps plein (EQTP).
* Moyenne nette DREES tous régimes confondus (la dispersion est importante selon le profil de carrière des retraités)
** Estimation. Ces revenus incluent les allocations (ARE, RSA, bourses) et varient fortement selon les situations individuelles.
*** Médiane approximative (env. 40% des micro-entrepreneurs perçoivent moins que le SMIC, tandis qu’une minorité de dirigeants dépasse largement ce chiffre).

Data:

La répartition sociale confirme nos premières observations dans Folk #2 : il existe une corrélation entre diplôme et pratique du vélo¹⁰. Près de 8 étudiants et CSP+ sur 10 sont cyclistes. La proportion chute progressivement avec le statut socio-économique : 6 artisans, commerçants et salariés sur 10 pédalent, un ouvrier sur deux ne fait pas de vélo, c’est un peu moins pour les chômeurs, et seulement environ 30% des non-actifs — retraité, parents au foyer, et allocataires d’aides sociales — sont cyclistes. Cette réalité est confirmée par un « creux » de l’usage pour les foyers aux revenus compris entre 500 et 2 000 euros par mois¹.

L’écart hommes/femmes est réel mais contenu : environ un tiers des hommes sont cyclistes réguliers, contre une femme sur cinq¹.

50 ans est un âge pivot : la proportion de cyclistes s’inverse à partir de cet âge¹.

Le cyclisme est aussi une affaire de territoire. Le vélo est avant tout un phénomène urbain : l’écart de fréquentation s’étend de 1 à 19 entre les grandes métropoles et les communes rurales de moins de 2 000 habitants⁸.

P.S. La dynamique 2025 est encourageante : pour la première fois, la croissance de fréquentation est quasi homogène selon les territoires : +5 % dans les grands centres urbains, +5 % dans les communes intermédiaires, et +4 % dans les communes rurales⁸.

Pourquoi et comment ?

Les motifs d’utilisation se divisent en deux grandes catégories :

  1. 55 % des trajets sont du loisir : sport et promenade
  2. 45 % des trajets sont utilitaires : achats (28 %), domicile-travail ou études (25 %), rendez-vous du quotidien (23 %), déplacements professionnels (7 %)¹.

Les distances confirment cette répartition. La moyenne hebdomadaire s’établit à un peu moins de 24 km pour les cyclistes pratiquants — soit environ 14 km en semaine et un peu moins de 10 km le week-end. Les trajets loisir pèsent autant en distance que l’ensemble des usages utilitaires réunis.

À partir de 25 ans, les trajets loisir augmentent avec l’âge — avec un pic chez les retraités, qui parcourent en moyenne 27 km pour se balader ou se maintenir en forme¹.

Pour les trajets domicile-travail, la distance moyenne est de 3,7 km. Les professions intermédiaires pédalent un peu plus de 8 km, les cadres et professions intellectuelles supérieures 7 km, contre environ 4 km pour les ouvriers et employés¹. De plus, les hommes parcourent presque 10 km de plus que les femmes par semaine¹.

De manière générale, les Français ne réalisent en moyenne que 4 trajets en vélo par semaine. Le vélo s’inscrit dans une mobilité multimodale, combinée avec la marche, les transports en commun et la voiture. Pour rappel, 60 % des trajets domicile-travail de moins de 5 km se font en voiture — la voiture représente 72 % des voyageurs-kilomètres en France². Le vélo ne représente que 4,3 % des trajets domicile-travail, mais cette part est en progression constante depuis 2015 où elle s’établissait à 2 %². L’écart social est ici aussi patent : 8 % des cadres se rendent au travail à vélo, contre 3 % des employés et ouvriers².

Typologie : quel vélo pour quel cycliste ?

La pratique hybride du vélo en France se reflète dans son parc, divisé en deux grandes familles : le vélo de ville (45 %) et le VTT/VTC (43 %). Le vélo de course reste marginal (6,7 %), le pliant (1,8 %) et le cargo (1,3 %) anecdotiques¹. Les VAE représentent près d’un tiers du parc (28 %). Le gravel, segment émergent, efface davantage la frontière utilitaire/loisir en proposant un vélo très polyvalent.

Chaque type de vélo correspond à un profil de pratiquant, à un territoire, à un rapport au corps et à la mobilité.

Le vélo de ville est le seul segment à majorité féminine — 60 % de pratiquantes¹². C’est aussi celui des diplômés et des urbains : les cadres et professions intellectuelles supérieures y sont surreprésentés (19 % contre 14 % dans la population générale)¹². L’usage est principalement utilitaire.

Le VTT est masculin (71 % d’hommes), jeune — les 15-49 ans représentent les deux tiers des pratiquants. Ce type de vélo est ancré en zone rurale et dans les agglomérations de taille moyenne, à proximité des espaces naturels¹². Les cadres y sont moins représentés que dans les autres segments — ouvriers (18 % contre 15 % en moyenne) et professions intermédiaires (24 % contre 21 %) y sont légèrement surreprésentés¹². L’écart reste modéré : les vététistes sont globalement une population à l’aise financièrement (68 %)¹². La masculinité et la jeunesse des vététistes s’expliquent en partie par une appétence pour les pratiques perçues comme risquées.

Le vélo de course est le segment le plus masculin — 85 % d’hommes¹². Minoritaire en volume, il est très prisé par les cadres (23 % des pratiquants)¹². C’est le vélo de la performance et du statut !

De manière générale, les classes populaires et les habitants des quartiers prioritaires sont sous-représentés dans la pratique du vélo, quelle que soit la modalité¹⁰·¹².

Extra-pratique

Entretien

62 % des cyclistes s’occupent eux-mêmes de leur vélo¹ — et le réflexe de réparation est ancré : 71 % des cyclistes ont réparé ou fait réparer leur vélo au moins une fois en 2022 ; 90 % des Français estiment qu’il vaut mieux réparer que remplacer⁹.

L’autoréparation est le premier canal pour les interventions basiques — changement de chambre à air, réglage de freins. Parallèlement, le recours aux ateliers professionnels est en croissance depuis 2019, avec 5,1 millions d’opérations recensées en 2022⁹. Deux facteurs expliquent cette évolution : l’augmentation du parc de VAE, plus complexe à entretenir, et le développement d’un réseau de réparateurs soutenu par des plans nationaux et locaux.

Culture & pratique collective

La culture vélo française existe, mais elle reste associative, localisée et fragmentée : ateliers participatifs d’autoréparation, « rides » collectifs, sensibilisations, bourses aux vélos, formations mécanique, etc. La Fédération française de cyclisme compte un peu moins de 110 000 licenciés³ (soit moins de 0.5% des cyclistes). La Fédération française de cyclotourisme anime un autre pan de la pratique, orienté vers la randonnée et les grands itinéraires. L’événement Mai à vélo, porté par le réseau de la FUB, mobilise chaque année des centaines d’animations partout en France.

À l’échelle nationale, le Tour de France est l’événement majeur de la culture vélo en France : 45 millions de Français en contact avec l’événement en 2025 pour une diffusion mondiale (190 pays)⁴.

Il existe donc un lien culturel historique fort des Français avec le vélo… mais insuffisant pour en faire massivement un outil de déplacement quotidien comme dans années 50¹¹.

Les 4 facteurs du « climat» vélo

Le climat vélo en France est médiocre selon la FUB : note globale de 3,09/6 au Baromètre vélo 2025. Malgré des améliorations ces dernières années, 2 Français sur 3 estiment que les conditions d’usage du vélo sont mauvaises⁵*.

Deux causes principales :

1. La sécurité. Seuls 59 % des cyclistes réguliers français se sentent en sécurité sur la route, contre 80 % en moyenne européenne⁶. Près de 9 cyclistes sur 10 déclarent avoir peur de l’agressivité des conducteurs motorisés. Outre les incivilités, l’écart de vitesse entre véhicules motorisés et vélos renforce le sentiment d’insécurité⁶.

2. Les infrastructures. Là où il existe un réseau cyclable sans coupures et des pistes entretenues, les avis positifs des cyclistes sont trois fois plus nombreux qu’ailleurs. Il existe une disparité territoriale marquée : les grandes villes progressent (+10 % de climat vélo depuis 2021), tandis que les bourgs et villages reculent (-1 %)⁵. Point positif : le réseau national des véloroutes est réalisé à 84 % — 21 655 km ouverts sur 25 900 prévus d’ici 2030².

* Les cyclistes confirmés, qui pratiquent quotidiennement, se montrent plus indulgents dans leur évaluation que les cyclistes occasionnels ou non-cyclistes, avec près d’1 point d’écart⁵.

À ces deux causes s’ajoutent deux freins à la pratique :

3. Le vol. Plus de 400 000 vélos sont volés chaque année en France (soit un peu moins de 3% du parc de vélos utilisés). Environ 80 000 cyclistes renoncent à la pratique à cause du vol, soit un cinquième des victimes⁷. En l’absence de marquage, seuls 2 à 3 % des victimes récupèrent leur vélo — et plus de 150 000 vélos retrouvés abandonnés chaque année ne peuvent être restitués faute d’identification⁷. Depuis 2021, l’identification est obligatoire pour tout vélo vendu par un professionnel. Fin 2024, le FNUCI (Fichier National Unique des Cycles Identifiés) recense un peu moins de 7 millions de vélos marqués, soit moins du tiers du parc estimé².

4. La saisonnalité. Seuls 32 % des cyclistes utilisent leur vélo toute l’année. La quasi-totalité pédalent l’été (92 %), une large part dès le printemps (77 %), la moitié s’arrêtent en automne (56 %), et les deux tiers en hiver (34 %)¹. En milieu rural, la fréquentation estivale est même 13 fois supérieure à celle de janvier⁸. Le froid et la pluie sont les ennemis des cyclistes !

Le cycliste français en 2026 : un profil fragmenté

Pour conclure sur la pratique du vélo en France, je me risque à un exercice de profilage. Trois portraits de cyclistes français types :

1. La cycliste urbaine utilitaire

Trentenaire, diplômée, cadre ou profession intermédiaire, elle habite au cœur d’une grande ville. Elle roule depuis toute petite — elle allait à l’école à vélo avec ses parents — et pratique la quasi-totalité de l’année. Pour elle, le vélo est d’abord une décision pratique, économique et écologique. Son unique vélo de ville doit garantir son autonomie, sa ponctualité et sa sécurité : arriver à l’heure au travail, éviter les bouchons, ne pas dépendre des transports collectifs, et se prémunir du harcèlement de rue. Elle gère elle-même les petites réparations et confie le reste à l’atelier de son quartier. Elle gare son vélo dans le parking sécurisé de sa résidence.

2. Le vététiste, jeune homme de périphérie

La vingtaine, il habite en zone rurale ou dans une ville moyenne. Il roule en VTT sur des sentiers et des chemins de terre au printemps, en été et en début d’automne. Il pratique avec des amis et partage ses exploits sur les réseaux. Son rapport au vélo est corporel et social : il cherche la sensation, la progression technique, et le dépassement physique. Il entretient son vélo lui-même dans le garage de son père.

3. Le cyclo-touriste, retraité actif

Sexagénaire qui a regardé le Tour de France toute sa vie. Il pratique moins souvent le vélo qu’auparavant — mais sur de plus longues distances. Ses sorties estivales lui permettent de se maintenir en forme et de partager un moment avec sa femme et ses petits-enfants. Son nouveau vélo, un VTC à assistance électrique, est confortable et compense le relief vallonné de sa région. Habitant en zone rurale, il confie ce vélo plus complexe que le précédent à un atelier spécialisé, à une vingtaine de kilomètres de chez lui.

Il n’existe pas un, mais des profils de cyclistes en France, dont certains adhèrent déjà à la vision de Folk : la pratique utilitaire, le goût de l’autonomie, la recherche d’un vélo polyvalent, et la culture de la réparation. En revanche, qu’en est-il de l’attrait des cyclistes pour les vélos à la mécanique simple ? L’auto-assemblage ? Un écosystème vélo ?

La réponse…
…dimanche prochain (dans le meilleur des mondes^^).

Matthieu

Notes

¹ DGITM, Enquête nationale « Usage du vélo » — Résultats 2024, 2024

² SDES, Bilan annuel des transports en 2024, 2025

³ Union Sport et Cycle, Observatoire du Cycle 2024, restitution, 2025

⁴ France Télévisions, Tour de France 2025 : une édition historique, 2025

⁵ FUB, Baromètre vélo 2025, 2025

⁶ Ipsos, Partage de la route — une cohabitation difficile en France et en Europe, 2024

⁷ FUB, Lutte contre le vol, 2021

⁸ Réseau Vélo et Marche, Bulletin de fréquentation vélo en France n°4, 2026

⁹ Ecologic & Union Sport et Cycle, Étude relative au développement de la réparation des cycles — Synthèse, 2023

¹⁰ David Sayagh, Sociologie du vélo, La Découverte, 2025

¹¹ Frédéric Héran, Le retour de la bicyclette. Une histoire des déplacements urbains en Europe, de 1817 à 2050, La Découverte, 2014

¹² Olivier Aubel, Le vélo et les activités de cycle, Les pratiques physiques et sportives en France (chapitre 5), INJEP, 2020

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