Analyse de marché – Le cycliste sur Instagram (preview)
Note. Cet article est une « preview » de l’analyse d’Instagram — un format que je teste et que je réitérerai peut-être selon vos retours. J’ai promis de publier un dimanche sur deux et je vais tout faire pour m’y tenir, tout en vous proposant un contenu aussi utile que possible. Je publierai l’analyse complète dans le prochain article (Folk #7.2). Je suis en retard sur mes prévisions pour l’analyse de marché de manière générale. Je vais tenter d’accélérer pour terminer avant mi-juin.
Ces dix derniers jours, je me suis plongé dans Instagram. Contrairement à YouTube où un échantillon de chaînes suffit pour cerner les cyclistes français sur la plateforme, Instagram est un territoire beaucoup (beaucoup) plus vaste.
C’est vertigineux — des millions de publications, des milliers de créateurs, des communautés très fragmentées.
Retrouver le cycliste français dans ce bazar est ardu !
Instagram, comment ça marche ?
En France, Instagram compte environ 27 millions d’utilisateurs – 54% de femmes et 46% d’hommes¹. Les 18-34 ans sont les plus représentés sur la plateforme. D’ailleurs, Instagram est le premier réseau social chez les 15–24 ans avec 6 millions de visiteurs quotidiens².
Formats
La plateforme repose sur trois formats de publication :
- POST. Les posts (photos ou carousels) incarnent le format historique d’Instagram. Les carousels génèrent un taux d’engagement légèrement supérieur aux images seules¹, car l’algorithme favorise le temps passé sur le contenu.
- REEL. Les Reels, vidéos courtes jusqu’à 90 secondes lancés en 2020, sont poussés par l’algorithme de Meta. Ils représentent près de 40% du temps total passé sur l’application et génèrent près de deux fois plus d’engagement que les photos³.
- STORIE. Les Stories, contenu éphémère à 24h, ne sont pas analysées ici — elles disparaissent et ne sont pas accessibles via les scrapers.
Algorithme
L’algorithme Instagram fonctionne sur un principe de pertinence contextuelle : il ne diffuse pas le contenu à tous les abonnés simultanément mais teste chaque publication sur un sous-échantillon, puis amplifie selon les signaux d’engagement (likes, commentaires, partages, sauvegardes, temps de visionnage)⁴. Un post peut atteindre une audience très large sans une base d’abonnés importante – c’est donc différent de YouTube où l’abonnement est le premier vecteur de distribution.
Hashtags
Les hashtags « # » sont des mots-clés qui permettent de catégoriser et de découvrir du contenu. Je me suis donc appuyé sur les hashtags pour structurer la collecte de donnée.
A l’instar d’un compte, un utilisateur peut suivre un hashtag – le contenu taggé apparaît alors dans son fil. Pour un créateur, utiliser les bons hashtags augmente la visibilité de ses publications auprès d’audiences qui ne le suivent pas encore. Instagram recommande d’utiliser entre 3 et 5 hashtags ciblés⁴. La plateforme a progressivement réduit le poids des hashtags dans l’algorithme au profit des signaux d’engagement direct.
Instagram distingue deux flux pour un même hashtag : les top posts et les posts récents. Les top posts sont dominés par les comptes déjà établis. Les posts récents sont plus accessibles aux petits comptes mais ont une durée de vie très courte.
Comment je m’y suis pris ?
J’ai procédé d’une manière similaire à ce que j’avais fait pour YouTube (Folk #6.2) — macro vers micro — mais avec des scrapers Apify — des outils de collecte automatisée de données web — orchestrés via n8n, pour un coût total d’environ 10$.
Disclaimer : je ne collecte que du contenu public. Les comptes privés et leurs publications sont inaccessibles avec ce système. L’analyse du cycliste français sur Instagram est donc biaisée.
J’ai d’abord identifié plus de 100 hashtags liés au vélo, enrichis automatiquement via leurs tags associés, puis sélectionné 26 hashtags organisés en 13 clusters thématiques. Ce travail préalable a révélé une première limite : certains tags sont parasités. Par exemple, #vae fait référence aux Émirats Arabes Unis, #velos renvoie à des robes de mariée, #tdf à la Tierra del Fuego. Autre limite : les outils de scraping d’Apify remontent des données qui intègrent sémantiquement le tag dans les profils d’utilisateurs.
J’ai ensuite collecté 2 600 posts et 800 top posts sur ces 26 hashtags, ainsi qu’environ 900 profils. En parallèle, j’ai croisé les 62 chaînes YouTube vélo FR de Folk #6.2 avec leurs comptes Instagram pour comparer leur influences respectives sur les deux plateformes. Enfin, j’ai sélectionné manuellement une trentaine d’influenceurs pour une analyse approfondie à venir.
Pour analyser le cycliste instagrameur, j’ai collecté plusieurs types de données sur les profils remontés :
- Volume d’abonnés (followers) — la métrique d’influence de base, qui permet de classer les créateurs en quatre catégories : nano (1K–10K), micro (10K–100K), macro (100K–1M) et méga (>1M)⁵
- Volume d’abonnements (follows) — le ratio follows/followers révèle la nature du compte
- Volume de publications — indicateur de l’ancienneté et de la régularité du compte
- Type de compte — Instagram distingue les comptes personnels, créateurs et professionnels (business)
- Vérification — le badge bleu indique un compte d’intérêt public selon Meta
- Liens externes — les URLs déclarées dans la bio révèlent les extensions d’activité : boutique, YouTube, newsletter, Linktree
- Localisation — quand elle est renseignée, elle permet d’identifier les acteurs français
Premières observations
Les profils qui remontent sont ceux de cyclistes amateurs au public confidentiel (moins de 1 000 abonnés), de sportifs pros à l’audience nationale voire internationale, d’acteurs économiques (ateliers, boutiques, marques, loueurs), d’organisateurs d’événements, de coachs, de clubs, de collectifs, de communautés, et de quelques médias plus ou moins mainstream.
Le contenu est international, dominé par les États-Unis, la communauté hispanique, et les pays d’Asie de l’Est. Les Européens — français, italiens, espagnols, allemands — sont minoritaires dans les résultats, à l’exception des tags francophones.
De nombreux posts parasitent l’analyse. #vtt est pollué par du contenu vietnamien sans rapport avec le vélo tout-terrain. #fixie remonte des « fixeurs » de cinéma. #cyclisme est quasi-exclusivement associé au vélo de route à l’échelle mondiale. Le VTT est dominé par des méga et macro-influenceurs américains. Le vélo électrique attire surtout des profils lifestyle-écolo — pas des cyclistes purs.
Une surprise ! Alors que les femmes sont minoritaires dans la pratique du vélo de route en France, de nombreux profils de cyclistes européennes à forte audience apparaissent dans les résultats de #cyclinglife, #outsideisfree, et #stravacycling . La plupart mettent en avant une esthétique lifestyle orientée développement personnel et nutrition. Les hommes, moins visibles sur ce segment, sont davantage orientés performance brute.
Le gravel est très souvent associé au bikepacking — confirmant nos observations précédentes (Folk #6.2). À noter que #steelbike (vélo acier), associé au vintage, apparaît régulièrement dans l’univers gravel. Une piste intéressante pour Folk ? A creuser^^.
Conclusion
Dans cet océan de contenu et malgré la diversité des instagramers, je trouve que beaucoup de profils et de posts se ressemblent. Je suis probablement passé à côté de nombreux contenus et créateurs. Contrairement à YouTube, il est beaucoup plus difficile de cartographier le vélo et les cyclistes sur Instagram en France avec fidélité. Il faudrait un système d’analyse spécialement entraîné pour repérer les internautes français — certains comptes francophones communiquent en anglais ou utilisent des tags anglophones, ce qui complexifie la tâche.
La suite, ce dimanche.
Matthieu
Notes
¹ We Are Social, Digital Report France, 2025
² Médiamétrie, L’Année Internet 2025, 2025
³ Digitiz, Statistiques Instagram 2026 : les chiffres clés en France et dans le monde, 2026
⁴ Instagram for Creators, algorithms-and-ranking, 2026
⁵ VOGZ, Instagramer : l’influenceur 100% Insta, 2022.
Ressources (Github)
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